ces derniers mois, cette dernière année, et ce que j'ai aimé,
et ce que j'ai délaissé comme les feuilles de papier,
et ce que j'ai emporté.
Ce que je rassemble hasardeusement aujourd'hui,
sans souci d'ordre,
sans souci de temps...
Emmenez-moi
La lumière de Mars me brûle la peau et les yeux quand au bout de mes cheveux les souvenirs se suspendent, comme des gouttes de rosée.
Emmenez-moi, je n'y survivrai pas. Aucun vent ne mime ses mains, sa douceur et ma peau continue de se déchirer. Mon utérus est sec et mes enfants oubliés. Les cendres abandonnées et soufflées, ah ! Soufflées comme au creux de mon oreille, les murmures éternels. Non je n'oublierai pas. Je ne sais pas ce qui brille au-dessus, ce n'est pas l'espoir, ni même un ersatz étincelant, ce n'est qu'un renouveau fictif, un reflet sur l'eau, de grandes copulations dorées de f½tus morts.
Sauveur,
Comme si j'allais mourir demain. Tout serait dit et, ce que je n'ai pas fait, inventé. J'ai gardé mes pensées infimes et intimées comme si je pouvais toujours en vivre et persister au coin des lignes de son nom. Oser. Inventer le courage de le prononcer.
Oh. Eternel. Infinité submatérielle qui subsistait en deux traits et un point.
Hallelujah
Je n'aurais jamais cru qu'elle reviendrait un jour. La lumière d'Avril, la plus belle de toutes. Ses rayons touchent tes yeux au plus profond, jusqu'à cette muraille bleue aux reflets opalins que je cherchais tout ce temps. Ne le dis pas mais je prie qu'elle éveille les mêmes désirs. Il doit y avoir des lettres que je ne sais plus dessiner et des souvenirs qui se sont abîmés. Je ne me prends plus à rêver. Peut-être pourrais tu encore me raconter cette histoire avant que je ne m'endorme, avec ce que tu trouveras sur mon corps. Tout est si usé que l'on pourrait le relire comme un trésor.
Sang.
Peinture absurde et interprète des esprits. Peins-moi des vers sous la peau et ne me le lis pas, je t'aimerai pour la douceur pure. Je les connaîtrai par c½ur, pas ma sensibilité exacerbée, par mes nerfs dilatés. Mes pupilles, quête dans l'obscurité, mes pupilles connaissent ton nom gravé sous mes paupières comme une brûlure astrale. Douleur. Plaisir infini, exotique. Tu me sauras sur le bout des doigts, tu jubileras de trouver les failles de mon âme par des creux dans ma peau. Des creux brillant comme des diamants enfoncés dans des mains déchirées. Rouge pavot, sa couleur aphrodisiaque.
Quand j'ai rouvert ma main il n'y avait rien, que ma paume creuse et à vif, comme par magie. Peut-être m'as tu volé, peut-être que ça s'est évaporé dans l'incandescence matinale et que j'ai juste brûlé pour essayer de m'enfuir avec. Je l'ai refermée et il y avait quelque chose de nouveau, de dur et d'opaque pour m'agripper et regarder autour. Alors j'ai vu la grandeur véritable, mon c½ur, j'ai vu la félicité et puis je t'ai juste regardé mourir.
Je n'aime pas
Cette poésie informe et débridée, tous ces papiers épars et froissés comme mes souvenirs esseulés. Le trépas de mes amants se peignait comme des connections illogiques de couleurs et de pensées. Qu'ils ne m'en veuillent pas. Ce n'était que la métaphysique de fils entremêlés par-delà lesquels je vous contemple encore. Le rythme de la pluie, l'éclat des gouttes mourant elles-aussi. Et le dos tourné, il s'en est allé, sans m'avoir vue. Le vent me le soufflait, te soufflait et t'emportait.
J'aurais aimé que tu sois là pour que je puisse te le dire au creux de l'oreille. Les mots portent d'autres sentiments quand ils se lisent contre la peau. Des harmonies d'empathie exacerbées, de délice et de finalité.
C'est la façon dont je pense, dont j'aimerais parler, avec des notes de piano, des émotions sur le bout des doigts, à fleur de peau. L'essence du passé qui me revient par vagues, du noir et du blanc matériels. Toucher. Le frisson. La langueur veloutée qui fait tressaillir à l'intérieur. Mon c½ur ? Comme il le possède encore, comme il joue et clos ses lèvres et apaise son regard, comme ses mains le trahissent et me parlent, et m'ensorcèlent. Je le connais, crescendo et les pas s'accélèrent, crescendo et les paupières se ferment, crescendo et les mains se crispent, crescendo et la tempête, crescendo et l'amour, Inconnu, l'amour.
Silence, les doigts tremblants et les yeux chauds, il referme le piano.
Mélancolie.
Peut-être que nous ne ressentirons plus rien, peut-être qu'un jour nous nous contenterons de nous souvenir et de penser. Les regrets. Les eaux sauvages, troubles et brisées comme la lumière de la nuit au travers de son iris bleutée. Nous ne voyions rien et les âmes des choses se sont agitées, soudain. Ce ne pouvaient être que des vibrations, des milliards d'atomes hésitants devant cette alchimie étrange et nouvelle. Ce ne pouvaient être que nous, en nucléons d'une fantaisie chromatique. Je ne t'expliquerai pas ces choses, ce n'étaient que des notes assemblées, liées hasardeusement au contact de nos mains.
Je suis lasse de t'attendre encore, de patienter comme une enfant, sans savoir ce que je veux vraiment. Je cherche le souvenir d'un baiser sur mes lèvres desséchées, en vain.
Mon c½ur se tord de douleur, de l'errance et du mystère et tu le nouerais jusqu'à ma gorge si tu me volais encore mes mots à même la bouche.
Il se joue de moi, de mon ennui des nuits passées, de mes sentiments délaissés.
Il se moque de mon c½ur épuisé par cette course vaine et endiablée.
Il se rassure dans le silence des souvenirs
Sur mes lèvres déposés..
Un baiser
En coin
Un sourire
Donné
Une main
Murmures
Délices
Souvenirs de nuits passées
Folles, musicales et alcoolisées
Amitié.
Je ne sais pas si c'est vrai qu'il avait envie de mes lèvres, de la courbure de mes hanches, des creux de mon cou, de la rondeur de mes seins. Quand je l'ai vu l'autre soir c'est une cigarette, une bouteille et une fille qu'il avaient à la main. Et puis il a disparu. J'étais enivrée, il m'a embrassée, je ne m'en rappelle plus.
Que se passe-t-il dans les airs, mon ami, pour que les étoiles nous rendent si téméraire, et qu'ainsi nous osions ce geste vil ? Pourquoi donc étions nous trop absent à chaque baiser pour nous aimer vraiment ? M'aimerais tu seulement ? M'aimerais tu assez pour fuir et me laisser te désirer autant ?
J'aimerais que les papillons dansent ce soir autour du halo des bougies et qu'ils sèment dans mes yeux la poudre libertaire de leurs ailes.
Capturez-moi.
Je suis
Je vois
J'entends
Je regarde
J'écoute
Je touche
Je sens
Je goûte
J'en jouis
Je frissonne
Je cligne des yeux
Je saigne
Et je souris
Je crois
J'espère
Mon c½ur bat
Je crois
J'aimais
Je meurs
Tout doucement
Je ressens
Je vis
Une sorte de flottement.
Je fondrais de sérénité. Je vais tellement bien, si vous saviez, j'ai presque oublié la douleur et j'ai tant de personnes à aimer que je ne saurais même plus être amoureuse. Je ne sais plus écrire, faire de la poésie abstraite et bordélique sur mes sentiments merdeux. Je ne m'ennuie plus. Mais le monde m'effraie.
Parle-moi des heures et de l'ennui.
Rappelle-moi ce garçon avec qui, ivres et enlacés, on souriait aux étoiles ; celui avec lequel je n'avais pas à parler. Celui qui pouvait voir les rouages du monde entre des pétales. Celui dont l'âme venait d'ailleurs et qui voulait mourir, parfois. Celui qui joue du piano et qui a peur.
Parle-moi du bonheur et des amis.
Je ne sais pas bien comment vous raconter
Le vent, les vagues, le rythme lancinant
Qui m'envole, qui m'étreint,et les alcools déments
Les feux contemplés qui ne veulent pas m'enflammer
Vous savez, peu importe si ça me vole, si ça m'éteint
Je mourrai amie du temps
Au creux de sa main.
Nous sommes le monde. Nous sommes le sucre des fruits, l'eau de la pluie, le bleu des flammes. Nous sommes le sang des plaies, la force des hommes, l'esprit des femmes, la chaleur de la Terre. Nous sommes la colère des dieux.
Nous avons le nectar et le poison, la meilleure des vies, la meilleure des morts. Nous avons la liberté, le temps et l'espace agenouillés. Nous avons la folie de ne pas nous soucier. Nous avons les pieds dans le sable, le cosmos nous caresse les épaules. Nous n'avons nulle part où aller.
Alors on courait, on courait pour se sauver.
Je crois que tout nous échappait encore, jusqu'à nous-même, et la seule solution a été pour nous de devenir fous. Les rêves ne devaient pas être aussi déraisonnables que la façon de les accomplir, les étoiles du ciel n'étaient sûrement pas aussi douces que celles de la mer, celles abandonnées sur le sable qui finissaient d'agoniser sous nos pas précipités. Peu importe. Seule comptait la force qui nous poussait à les haïr et à les tuer, à fuir, à se cacher.
Ils essayaient de me rattraper, de m'enchaîner, de m'emmurer, me stopper net et m'éteindre, définitivement. Faire taire l'autre et vendre mon âme au diable. Qu'ils soient maudits car tout cela n'a aucun sens, leurs mots ne veulent rien dire. Je fais tourner la Terre en courant, comme un acrobate sur son ballon, comme un poisson dans un bocal. Je me balance pour le jour et la nuit, je parle pour que vous pensiez tous. Mes enfants, mes maîtres, mes étrangers.
Mes meurtriers.
Ma seule envie est de vous abandonner. Je veux observer ce corps vide essayant de déambuler, je veux voir cette peau nue faite de feuilles d'or et de verre, cette peau déchirée se traîner, se frotter, se caresser contre le sol et faire l'amour à la terre pour se déchaîner de sa misère. Je veux vous voir regretter ce que vous m'avez fait, supplier de vous laisser aimer. Vous vous flagellerez, vous vous violerez de vos propres mains et vos cris de peine me feront de délicieux frissons.
Ça me revient maintenant, quand la pluie me bat et les éclairs me donnent mal à respirer. Je ne veux pas m'en souvenir, je ne veux pas les emporter, je ne veux pas qu'ils me suivent.
Je vois ceux que je peux toucher et je les aime.
Emmenez-moi.




